« Se tenir prêts
à riposter… »

Bénéfice d’un côté, dividende de l’autre et, dans la foulée, OPA, achat d’entreprise ferroviaire, assurément la SNCF change de voies et s’engage sur celles du marché. D’aucuns s’empressent d’y voir la confirmation de sa solidité financière, une normalisation de ses relations avec son propriétaire et la sortie de son inertie. D’autres, à l’instar des cheminots, sont plus lucides et moins euphoriques. Nous connaissons en effet le prix payé et à payer de cet affichage.
L’allégeance « made in Maastricht » au pacte de stabilité européen induit cette logique. D’essence libérale, elle tend à faire des entreprises publiques de service public des entreprises comme les autres, obsédées par la rentabilité financière, la concurrence et déresponsabilisées au plan social. La réforme générale des politiques publiques en est également une traduction. Face aux 15 milliards d’euros du bouclier fiscal de l’an passé, celle-ci, censée dégager 8 milliards d’économies dans les dépenses publiques, en dit long sur les priorités gouvernementales et celles du « Président de tous les Français ».
Le procédé est brutal. En plus de fixer les limites du Grenelle de l’environnement, il ne laisse planer aucun doute quant à cette première commission de 131 millions puisés dans les caisses de la SNCF. 40 % de cette somme devraient toutefois abonder les comptes de l’Agence de financement des infrastructures de transport. Une agence en manque de ressources, dont la Commission des finances du Sénat estime qu’elle sera dès l’an prochain dans une impasse financière. Opportunité que saisit la Cour des comptes pour dresser un rapport accablant sur la réforme du système ferroviaire français.
Pas moins de dix ans auront donc été nécessaires aux magistrats du Palais Cambon pour mesurer le fardeau de la dette transférée à RFF, les difficultés de coordination entre la SNCF, RFF et l’État, l’insuffisance des crédits affectés à la maintenance et au renouvellement du réseau ferré… Nous aurions gagné du temps et de l’argent, si on nous avait écoutés. À moins que le but recherché ne soit ce qu’ils préconisent aujourd’hui et qui n’a pu être fait en 1997 : sous couvert d’un désendettement partiel, démanteler la SNCF en transférant les 55 000 cheminots en charge de l’infrastructure dans RFF, voire dans une filiale du même nom, et en fermant des dizaines de lignes jugées à faible trafic.
« Il n’est jamais trop tard pour reconnaître ses erreurs », pouvait-on lire récemment sur le sujet dans le journal Les infos. Une recommandation, dans cette actualité, dont feraient bien de s’inspirer la nouvelle présidence et sa tutelle. Quant à nous, elle nous incite à la vigilance et à se tenir prêts à riposter.

Paris, le 22 avril 2008

 
 

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